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Consulter nos activités relatives à cet axe
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Cet axe est actuellement surtout visible à travers les activités du séminaire Jeu &
Symbolique (aussi appelé familièrement «le Grand Singe»–voir ci-dessous), mais il devrait
se développer au cours des prochaines années à travers une politique de publication et de
recherche appropriée.
L'objectif intellectuel de cet axe est d'élaborer un cadre d'analyse (ou une «boîte à outils») à
partir des concepts de la socio-anthropologie du jeu et des espaces potentiels. Cette
approche prend au sérieux la catégorie du «jeu» comme concept-pivot permettant
d'appréhender certaines dimension de l'expérience humaine ou de l'«être- au- monde». Le
jeu n'est pas pris ici comme métaphore (voir p. ex. les sociologues qui interprètent la vie
sociale sur le modèle du jeu), ni comme activité particulière limitée à un âge de la vie (les
jeux de l'enfance) ou à des espaces-temps spécialisés (les jeux de l'adulte àtravers
notamment les loisirs, les divertissements, les sports…). Comme nous y invitent certains
anthropologues, sociologues, psychanalystes, philosophes… le jeu est bien plutôt
appréhendé comme dimension fondamentale de l'expérience humaine (ou «tonalité
affective»), pourvoyeuse d'une série de fonctions ou d'accomplissements.
Un double intérêt du jeu est que, premièrement, en lien étroit avec le langage, il donne
accès à la dimension du symbolique (cf. la petite enfance et le processus de maturation
cognitivo-affective…); ensuite, deuxièmement, à la différence du langage, qui ouvre de
façon privilégiée à la dimension du sens et de l'intelligibilité (ce qui constitue
un versant du
symbolique), le jeu va introduit davantage à la dimension de l'intéressement, de l'«en- jeu»,
de la «mise en jeu» (ou illusio), c'est-à-dire – pour le dire de façon suggestive – à ce qui
donne le sentiment que les choses ont de l'«importance», ou qu'elles «valent la peine»
(autre versant du symbolique – à noter que le sens et l'«intérêt»ou l'«en-jeu» ne sont pas à
opposer, mais bien à articuler !). Dès lors, une entrée par le jeu permet de concevoir les
assises symboliques de l'existence humaine autrement qu'en recourant (exclusivement) à la
conception d'un Symbolique (ou d'un ordre du sens), dont certains suggèrent – peut-être un
peu rapidement et de façon dramatisée – qu'il serait en crise, au profit d'une vision insistant
sur les nombreux processus et dispositifs symboliques qui soutiennent pragmatiquement
notre existence et nos expériences (cf. sociologie des objets et des techniques, des
supports, des dispositifs, des médiations, etc.).
Nous repartons du concept d'espace potentiel, introduit par le psychanalyse anglais D. W.
Winnicott, concept qui désigne l'espace intermédiaire entre le «monde intérieur» et le
«monde extérieur», ou encore «le lieu où nous vivons» (tous les mots de cette expression
étrangement limpide sont importants !) – espace de l'entre-deux où nous pouvons faire
l'expérience d'une créativité (ou
jeu créatif) qui nous procure le sentiment d'être vivant et
bien vivant (à rebours de certaines figures, tel le
faux self, qui vit dans l'adaptation
instrumentale ou stratégique au monde extérieur, en perdant relativement le contact avec
soi-même et avec les autres… Voir aussi la distinction, en langue anglaise, entre le
play, jeu
libre ou jeu créatif, processuel et implicatif, et le
game, jeu avec règles, orienté vers le
succès). Prenant au sérieux une suggestion de Winnicott, nous opérerons (à la suite
d'Emmanuel Belin ainsi que d'autres auteurs contemporains) une transposition socio-
anthropologique du concept d'espace potentiel, en nous interrogeant au passage sur les
conditions méthodologiques et épistémologiques d'une telle transposition, et en
développant socio-anthropologiquement la théorie des espaces potentiels, ce qui suppose
d'étudier ce que Winnicott appelle «la diffusion des phénomènes transitionnels», à travers
notamment les exemples de la croyance (voir les notions de disposition et d'
illusio – à
distinguer des «illusions»… –, les croyances partielles, pragmatiques et non dogmatiques…),
de l'expérience culturelle (entre le «monde de l'esprit» et la «culture matérielle»…), des
«jeux»de rôle et de distance aux rôles (voir E. Goffman, G. H. Mead, A. Strauss et
l'interactionnisme symbolique en sociologie, mais aussi les approches du masque, du rituel,
de la théâtralisation en ethnologie…), des supports (cf. R. Castel, D. Martuccelli…) et des
«supportabilités» (cf. P. Sloterdijk…), des transports et des «coûts» des déplacements
(sociologie des réseaux et de la traduction au sens de B. Latour, etc.). Ces éléments étant
mentionnés ici à titre indicatif…
La socio-anthropologie du jeu peut être appréhendée comme une problématique-carrefour
permettant de relire et d'interpréter sous un nouveau jour certains auteurs ou théories. Par
ailleurs, un des enjeux intellectuels pour les mois à venir est d'augmenter la vraisemblance
et le pouvoir heuristique du concept d'espace potentiel dans une perspective
spécifiquement socio-anthropologique, de façon à surmonter certaines objections et à
favoriser l'appropriation et l'opérationnalisation du concept par des chercheurs. A cette fin,
il convient d'établir d'une part que le concept d'espace potentiel n'est pas d'essence
psychanalytique, et d'autre part qu'il entre en résonance avec les travaux de sociologues et
d'anthropologues qui désignent le même genre de réalité à l'aide de catégories différentes
(le «monde de la culture» des sociologues allemands, le concept phénoménologique de
«monde de la vie», la «noosphère» d'Edgar Morin, l'«écoumène» d'Augustin Berque, la
«créativité de l'agir» selon Hans Joas, la «fiction» selon J.-M. Schaeffer et Nathalie Heinich,
etc.).