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Les relations entre champs (par exemple la justice et la médecine, la prévention et le social,
l’université et l’industrie, l’école et le thérapeutique…) représentent une problématique
théorique qui est de plus en plus souvent au centre des recherches concrètes effectuées
notamment au CES. Les politiques publiques prennent de plus en plus souvent la forme de
dispositifs impliquant conjointement des professionnels relevant de champs différents (par
exemple les dispositifs de médiation, les contrats de quartier et de sécurité, les zonings
industriels rattachés aux universités…). Elles promeuvent des actions « globales » et «
intégrées », « en réseau ».
Il faut prendre au sérieux les changements des processus et des discours sans basculer dans
la naïveté. D’un côté, les logiques traditionnelles restent puissantes et l’action publique
n’est pas si horizontale, si soucieuse de donner la parole à chacun, qu’elle l’affirme. D’un
autre côté, il faut faire droit à un changement réel de la façon dont les choses se passent.
Mais cette double exigence, ce réalisme sociologique, n’a rien d’évident.
Les observations devraient porter l’accent sur deux réalités. D’abord, les
flux – de messages,
dossiers, personnes… – qui circulent entre intervenants n’appartenant pas forcément aux
mêmes dispositifs. La méthode des réseaux sociaux semble adaptée pour ce type
d’observations. Ensuite, l’histoire des dispositifs étudiés, les identités professionnelles qui
s’y font et se défont. La théorie des champs de Pierre Bourdieu reste l’outil privilégié pour
ces analyses.
Le projet de cet axe vise à élaborer progressivement une théorisation qui conjugue une
approche en termes de relations entre champs et une approche en termes de réseau social,
et à dégager des perspectives méthodologiques. Ce travail devrait constituer une ressource
utile pour différentes recherches à venir au CES.
D’une part, la recherche coordonnée par Yves Cartuyvels et effectuée en collaboration avec
le SIEJ, l’Unité de recherche en criminologie de l’UCL, le Groupe d’étude sur l’ethnicité, le
racisme, les migrations et l’exclusion de l’ULB et le Centre de recherches criminologiques de
l’ULB sur les déplacements des frontières de la justice a très largement portésur cette
problématique (François de Coninck, Yves Cartuyvels et al.,
Aux frontières de la justice, aux
marges de la société. Une analyse en groupes d’acteurs et de chercheurs, Gand, Bruxelles,
Academia press, Politique scientifique fédérale, 2005). Luc Van Campenhoudt a consacré une
partie de sa contribution àcette recherche ainsi qu’une de ces communications (dans le
cadre du GERN) à la question du pouvoir dans le travail en réseau. D’autre part et surtout, la
thèse de doctorat d’Alexis Van Espen (voir par ailleurs) porte sur cette problématique.